« Treize ! Vous avez dit : treize ? »

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Les familles nombreuses ont toujours fait l’objet d’interrogations dans notre société où elles ne passent pas inaperçues. Des reportages leur sont parfois consacrés : tout a l’air idyllique, les parents sont heureux de leurs choix, ne sont pas contre l’arrivée d’un autre enfant, tout le monde s’aime, s’entraide, la bonne humeur semble régner dans ces familles exemplaires et soudées.

Est-ce la réalité vraie ?

Je ne sais… Les enfants n’étant pas interrogés, leur point de vue est certainement différent de celui de leurs parents.

J’étais la troisième d’une fratrie de treize enfants… A mes lecteurs, je voudrais laisser un témoignage vrai et authentique d’une réalité toute différente, où l’amour ne se dit pas, ne s’exprime pas, ne se démontre pas, au nom de convictions religieuses. Cela entraîne de graves carences chez chaque enfant. Ne régnera pas l’amour des uns, des autres, mais le « chacun pour soi », la jalousie, l’égoïsme, l’indifférence, la solitude. Rien ne pourra se rattraper, de ce qui n’a été donné et reçu dans l’enfance, dans l’adolescence, et après. Certains y ont été sensibles, d’autres pas du tout. Mais que de souffrances tues pour la troisième qui aurait tant voulu être aimée !

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Extraits du livre

1er extrait :
Je verrai toujours Gérard, arrivant en haut de toutes mes marches et déposant ma sacoche de travail dans les graviers. Il était assis sur une chaise du salon de jardin, et, comme il ne se levait pas, je lui demandai, avec une pointe d’agressivité dans la voix, ce qu’il faisait là. Après avoir échangé quelques banalités, il me dit :
« En t’attendant j’ai eu le temps de voir ce qui ne va pas chez toi, et je suis désolé, mais mon rôle, à moi, est de chasser le « mal » qui est dans ta maison.
– Ah oui, et qu’est-ce-que c’est, dis-moi ? lui demandais-je, incrédule devant une telle affirmation.
– Non mais, regarde, tes statues évoquant la fornication, tu crois que c’est leur place dans un jardin où il y a des enfants ? »
Je suis tellement abasourdie par ce que je viens d’entendre que je ne réagis pas de suite quand je le vois attraper une pioche, qui n’était pas là par hasard, mais qu’il avait trouvée, rangée dans le sous-sol (qui n’avait toujours pas de porte fermant à clé), avec d’autres outils. Il avait donc prémédité ce qu’il allait faire maintenant, à savoir la destruction de la statue. Et le voilà, lui assenant, au niveau des pieds, de violents coups de pioche, la massacrant avec rage, tandis que tétanisée, je le regardais faire, sans réagir. Encore aujourd’hui, je le revois, se déchaînant sur elle avec frénésie, comme un fou, et ce triste spectacle est resté gravé dans mon esprit. Je suis certaine qu’il a éprouvé une sorte de jouissance en la cassant avec tant de violence, jusqu’à ce qu’elle soit brisée en mille morceaux.

2ème extrait :
Qu’aurions-nous fait, si, dans notre enfance, on nous avait volé notre corps d’enfant, notre âme d’enfant ?
Quel adulte serions- nous devenu ?
Et il a fallu que toi, Philippe, tu apprennes à vivre avec ces blessures profondes, indélébiles. Elles ne cicatriseront jamais au fil des ans, mais elles vont miner ta vie, la dévaster, la mutiler. Et, comme tu ne rencontres pas forcément les bonnes personnes, celles qui auraient pu panser tes blessures, celles qui auraient pu te montrer ton chemin, celles qui t’auraient aimé avec tes différences, avec tolérance et humilité, tu t’es engouffré dans ces sentiers sans issue, où tu n’as plus eu de repères, donnant libre cours aux excès et aux débordements nés de ton corps et de ton âme meurtris, de ton conflit entre Philippe et Chantal…
Et nous avons tous fermé les yeux…
Et nous t’avons fermé nos portes…
Et il a été trop tard, beaucoup trop tard pour te faire revenir vers nous, car nous n’avons pas voulu comprendre, nous n’avons pas voulu savoir, nous n’avons pas su t’aimer…

Informations complémentaires

ISBN ebook

978-2-407-00578-9

Version

Ebook téléchargeable, Livre papier

Auteur

Anne-Marie Mangin

Format livre

519 pages

ISBN livre

9782407000807

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A propos de l'auteur : Anne-Marie Mangin

Anne-Marie Mangin

Il lui aura fallu juste une petite contrariété pour provoquer, ce jour de juillet 2013, l’explosion de sa colère, enfouie depuis sa plus tendre enfance dans des tiroirs empilés au plus profond d’elle-même, au fur et à mesure des différentes étapes de sa vie, et ce, pour affronter son quotidien. Tout cela, parce qu’Anne-Marie Mangin était la troisième d’une fratrie de treize enfants, et que, depuis toute petite, elle était en quête d’amour, d’attentions, elle en avait tant à en donner, en en ayant tant manqué ! Dans ces tiroirs, c’est son mal-être, ses peines, ses échecs, ses erreurs (et elle en fait !) qu’elle va enfermer, jusqu’au jour où cette colère va éclater, horrible et dévastatrice, avec une telle intensité qu’elle en perdra ses ongles et ses cheveux… Mais cela lui est salutaire : les tiroirs se sont ouverts… Elle peut enfin en faire l’inventaire et comprendre que toute sa vie, elle garderait les stigmates de sa fratrie, voulue par ses parents. Elle peut enfin écrire ce livre qui l’apaisera et la fera entrer en résilience. Elle peut enfin prendre son destin en main, vous racontant l’histoire de sa vie.