Quelles perspectives pour la Turquie d’Erdogan ? Démocratie ou autocratie ? Multiculturalisme ou xénophobie ? Occident ou Orient ?

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L’ouvrage décrit l’étape de transition que vit la Turquie depuis l’arrivée au pouvoir du parti d’Erdogan l’AKP, à un triple point de vue.

Sur le plan interne d’abord, le livre analyse l’évolution en deux étapes. La première de 2002 à 2013 est marquée par des réformes démocratiques demandées par l’UE qui ont également permis à Erdogan d’affaiblir, voire d’éliminer ses adversaires politiques internes, notamment tout ce qui est qualifié d’« État profond », concept énigmatique assimilé par l’AKP à l’armée et à l’establishment laïco-kémaliste. La seconde période débute avec le mouvement protestataire lancé en mai 2013 à Istanbul autour du parc Gezi qui connaîtra des troubles récurrents culminant avec la tentative de coup d’État de juillet 2016, accompagné d’une personnalisation autocratique du régime et d’une dégradation prononcée et continuelle de la situation politique, économique et sociale en Turquie.

Sur le plan identitaire, la sensibilité de la question de la définition de l’entité turque a été exacerbée par des épisodes historiques sanglants encore vivaces dont les effets sont toujours porteurs de retombées traumatisantes sur le présent et le futur du pays, notamment la question du génocide arménien de 1905, l’invasion de Chypre par la Turquie en 1974 et l’insurrection du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) dans la région du sud-est anatolien depuis 1984.

Ces trois épisodes historiques marquants ont constamment entravé l’émergence d’une approche apaisée et sereine de la question nationale turque, en favorisant au contraire une confrontation permanente en rapport avec les trois problématiques identitaires sous-jacentes aux questions kurde, arménienne et chypriote ; auxquelles se surajoute la problématique des minorités ethniques et religieuses au sein d’une communauté nationale musulmane sunnite hanafite à 75 %, dont l’impact n’est pas négligeable sur la détermination et le vécu de l’identité turque.

Depuis la création de la République en 1923, la Turquie ne cesse de regarder avec constance et insistance vers l’Occident devenant membre de l’OTAN en 1952 et candidate depuis 1987 à l’accession à l’UE, devenant ainsi son plus ancien aspirant à l’adhésion, invariablement éconduit à ce jour, poussant Erdogan à regarder ailleurs.

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Extraits du livre

EXTRAITS DU LIVRE

Il est devenu récurrent et de bon aloi, de nos jours, de s’interroger, au sein des milieux universitaires et diplomatiques ainsi que parmi les acteurs et observateurs internationaux s’intéressant à la scène politique turque, sur les perspectives d’évolution de ce pays, en supputant, avec plus ou moins de pertinence, sur la question de savoir où va la Turquie. Le citoyen lambda lui-même, notamment au sein du monde arabo-musulman mais certainement aussi au-delà, éprouve une certaine curiosité et peut-être, selon ses convictions, sympathie ou préoccupation pour cette expérience de transition politique que connaît la Turquie depuis l’arrivée au pouvoir en 2002 du Parti de la Justice et du Développement AKP (Adalet Kalkinma Partisi en turc), un parti généralement qualifié de parti islamo-conservateur voire d’islamiste par les observateurs mais dont il conviendrait de cerner plus finement la vraie nature.

 

Dans cette optique, l’interrogation sur le devenir de la Turquie vise essentiellement, aux yeux de ces observateurs, notamment européens, le supposé « rapprochement » de la Turquie du monde arabo-islamo-oriental et, en corollaire, son tout aussi supposé « éloignement » du monde occidental, qui charrie plus ou moins implicitement la question primordiale de l’appartenance de la Turquie au système de défense occidental et plus précisément à l’Alliance atlantique mise en place par l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN). La décision d’Ankara d’acheter les systèmes russes S-400 de défense antimissile a déclenché une nouvelle crise avec les États-Unis, en ravivant le débat sur la place de la Turquie au sein de l’OTAN et du monde occidental et en relançant le questionnement sur la réalité de son affiliation au pôle occidental. La question est certes primordiale et elle doit être et sera traitée mais l’interrogation vaut et mérite d’être soulevée, tout autant, en ce qui concerne, d’une part, l’évolution institutionnelle et politique au plan interne turc et, d’autre part, au plan du règlement, devenu historiquement impératif, de la question kurde car soulevant avec de plus en plus d’acuité la délicate question de l’identité profonde de l’entité turque. Cette question de l’identité turque implique en corollaire consubstantiel et indélébile la tragédie historique du « génocide arménien » et la si décisive question chypriote, qui conditionnent toutes les deux, en partie, les perspectives européennes de la Turquie.

Informations complémentaires

Format livre

300 pages

ISBN ebook

9782407036547

Version

Ebook téléchargeable, Livre papier

ISBN livre

982407017553

A propos de l'auteur : Mouloud Hamai

Mouloud Hamai

Docteur d’État en Science Po de Paris 2, diplomate de carrière et ancien ambassadeur en Turquie, Mouloud Hamai a voulu tirer profit de son séjour de 5 ans dans ce pays pour partager ses constats et conclusions de l’observation d’une expérience de transition politique dans un pays laïque par sa Constitution mais musulman par l’écrasante majorité de sa population et par le pouvoir qui le dirige depuis 2002, un pays se déclarant européen mais toujours fasciné par son passé ottoman qui imprègne de plus en plus clairement sa nouvelle orientation néo-ottomane, en dépit de son appartenance de plus en plus ambivalente et contestée à l’OTAN et à l’Occident. L’auteur a pu connaître ce pays de l’intérieur au plan humain et personnel, lui donnant l’opportunité de mesurer la richesse d’un peuple divers et multiple et la grandeur d’une civilisation venue des fins fonds des steppes de l’Asie centrale pour s’imposer en plein cœur méditerranéen sur les décombres de l’historique Troie et les vestiges de deux prestigieux empires Byzance et Constantinople, en s’épanouissant finalement dans le cadre d’un troisième tout aussi prestigieux, l’Empire ottoman. Au carrefour de l’Orient et de l’Occident, de l’islam et de la chrétienté, de l’Europe et de l’Asie, le pays d’Erdogan offre une plateforme unique pour l’observateur curieux d’une expérience également unique de tentative de synthèse entre des orientations souvent proches mais parfois antagonistes, donnant lieu à des tiraillements et volte-face, marques de duplicité ou de virtuosité, selon la vision de chacun.