Les crocodiles dorment le jour

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Julien travaille comme juriste coopérant dans les pays africains qui ont subi de graves conflits ayant entraîné des crimes contre l’humanité. Il participe principalement à la restauration de la justice dans l’état de droit. Il voyage beaucoup et suit, dès 1998, les procès du génocide des Tutsis et les crimes de droit international au Congo et au Burundi.

Rappelé au chevet de son père, Albert, gravement malade, celui-ci lui lit un carnet qu’il a récemment retrouvé. C’est un long récit de son grand-père, Victor. Un grand-père inconnu qui avait abandonné son fils Albert dès sa naissance.

Victor était soldat de la Force publique, l’armée noire des Belges au Congo au début du vingtième siècle. Il livre dans son carnet un récit expiatoire dans lequel il relate les crimes qu’il a commis pendant la guerre de la colonisation et son exil en pleine forêt où il a intégré pendant quelques années un village congolais de danseurs-poètes.

Julien est bouleversé. La petite histoire familiale prend soudain place dans la grande histoire. Il réfléchit à l’impact de ce passé guerrier de la colonisation sur les crimes contemporains.

Ses tourments et les conversations avec son père mourant permettront peut-être à Julien de transmettre à sa propre fille le témoignage du passé afin de l’armer dans la construction de son avenir et celui des deux continents, l’Europe et l’Afrique.

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Extraits du livre

… Elle l’a dévisagé et il s’est senti, pour la première fois de la nuit, déshabillé. Elle a immédiatement refermé les yeux et il a mesuré la distance qu’elle voulait mettre entre eux, celle de deux mondes que seuls des actes sauvages mettent en contact, sauvagerie dont il s’était fait en entrant à l’armée le pourfendeur à jamais et dont il devenait un acteur principal.

Auparavant, il l’aurait frappée d’avoir osé le regarder « en vérité », avec un tel mépris. Ce regard voilé à peine deviné de la belle jeune fille violée, ce miroir qu’elle lui a tendu, l’a surpris tout comme son envie subite de s’échapper de la case jonchée de bouteilles de bière, de whisky, puant un mélange de tabac froid, de sueur et de sperme…

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… Empreint d’une concentration extrême et de la mémoire de la danse, il attrapa une première branche et se hissa à deux mètres du sol.

Puis, il ne sut comment il s’éleva. Chaque branche semblait lui indiquer la prise à faire, lui tendait ses bras immobiles, l’attirait comme elle attire l’eau pour nourrir sa sève. Chaque effort semblait soutenu par cet être puissant au-delà des apparences. Une vie grouillait dans le tronc et ses ramifications, une vie qui l’accueillait avec une sorte de bienveillante violence.

Il atteignit la cime sans penser qu’il était arrivé quelque part. Il était juste là, homme-arbre, comme un voisin de la forêt…

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… Il continue : « Les restes, Julien, quels restes de moi après moi ? Je n’ai pas peur de l’effritement de mes os, de l’écoulement de mes liquides, de gonfler la terre de mes gaz ou de l’arroser de mes cendres, je n’ai pas peur de dire adieu, ni de dire à Dieu qu’il n’existe pas, j’ai peur de mes restes, j’ai peur que ce qui restera de moi n’ait jamais vraiment vécu, j’ai peur de n’avoir pas vécu, du reste. Défaite, ma vie est défaite avant sa fin depuis longtemps et cela a commencé il y a plus de cent ans. » …

Informations complémentaires

Format livre

240 pages

ISBN ebook

978-2-407-04155-8

Version

Ebook téléchargeable, Livre papier

ISBN livre

9782407022564

A propos de l'auteur : Pierre Vincke

Pierre Vincke

Né en 1953, Pierre Vincke a passé son enfance au Congo belge et son adolescence à la fois en Belgique où il était étudiant et au Congo où résidaient ses parents. Jeune adulte, il a participé activement à l’aventure théâtrale inspirée par le théâtre laboratoire de Jerzy Grotowski et l’anthropologie théâtrale. Il a notamment créé « Minitanti murmure » d’après Macbeth de Shakespeare et l’Autre Pinocchio, d’après Pinocchio de Collodi, spectacles ayant été plébiscités par le milieu culturel belge. Après vingt ans de théâtre professionnel, il a repris en 1996 des études de droit abandonnées vingt ans plus tôt. Dès l’obtention de son diplôme, il a travaillé d’abord pour Avocats Sans Frontières, puis pendant douze pour RCN Justice & Démocratie, ONG de droit spécialisée dans la restauration des systèmes judiciaires et le renforcement des ONG de droits humains au Rwanda, au Burundi, au Congo, en Haïti et au Soudan. Il est aujourd’hui consultant dans des programmes de l’Union européenne. Les premiers procès du génocide des Tutsis au Rwanda l’ont profondément marqué et fondé sa conviction en la justice comme pouvoir indispensable à la vie d’une société. Pierre Vincke participe aux questionnements relatifs à l’impact prégnant de la culture européenne auprès des élites africaines et au fossé culturel entre celles-ci et les peuples. Il y voit l’héritage de la colonisation, héritage dont tant les européens que les élites africaines peuvent aujourd’hui penser ensemble à s’affranchir. Cette émancipation passe selon lui par l’ouverture des œillères de l’oubli de l’histoire.