« Je suis un pauvre type »

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En tant que pauvre type, il est difficile de faire un résumé de ma vie, d’autant plus qu’elle n’est pas terminée. D’abord, quelques esprits rationalistes diraient que je ne suis qu’un SDF qui découvre la société. Mais je soutiens mordicus que ce n’est pas moi qui ai tué l’institutrice qui m’hébergeait, elle a glissé sur un dégueulis de Mon Minou alors que nous avions une conversation enflammée. Ensuite en prison, j’ai appris à lire grâce à la bienveillance de Tico-Tico et de José, et Madame ma Conseillère en Orientation Psychologique m’a confié une mission sur l’état de nos Universités, je m’en suis bien sorti et je suis devenu vampire. Normal. Ensuite une autre mission chez les Zadous où j’empêche des heurts avec la Marée Chaussée avec l’aide des Bestioles de la forêt, ce fut presque les amours d’un vaudou. J’aurais pu devenir un héros national, mais la montée des eaux de l’océan prit de court un peu tout le monde, et chaque groupe isolé sur son île développa son propre langage et religion. J’essayais de comprendre ces nouvelles sociétés, heureusement, j’étais aidé par Rainette et Genette. Et que pensez-vous qu’il arriva ?

 

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Extraits du livre

EXTRAIT DU LIVRE

Ceci n’est pas une histoire vraie, en bas de chez moi, mais, comme de multiples personnes pourraient se reconnaître, j’essaie d’éviter trop de procès avant de retourner en taule. Je fus à une époque comme Dom Quixotte, traversant des éléments de réalité qui venaient à lui, fier et orgueilleux, mais avec le temps, le recul, la réflexion et la pression des assistantes sociales, je voudrais prétendre que je suis un type ordinaire. p.3

(…)

Le rossignol faisait toujours preuve de raccourcis mélodiques vertigineux lorsqu’au petit matin, il me chantait dans son langage « Casse-toi pôv con ». Sur les territoires inondés par le tsunami, la Marée Chaussée disposait des cadavres en travers des routes pour verbaliser le premier cycliste venu pour excès de vitesse. Les automobiles étaient devenues fort rares, on se déplaçait en surf solaire. D’innombrables pénitents et pénitentes, bien séparés, processionnaient les fesses à l’air, preuve du retour du religieux, des chapeaux pointus suivis par des gardes en bâton et n’importe qui, moyennant une somme modique, pouvait venir fouetter les fesses avec des lanières appropriées. Les pénitents se lamentaient de chants et de cris d’un érotisme le plus total. Les femmes au plus aigu de leur gorge et les hommes au plus bas du ventre. L’argent gagné ne tardait guère à susciter les convoitises et les coffres de monnaie étaient gardés par la Marée Chaussée.

p.142

 (…)

Mes nocturnes avec Genette-Rosalie étaient furtives mais intenses. D’une extrême rapidité. Tout en silence. A la sauvette. Ses moustaches me frôlaient d’aise. Son museau humide me pointait tout le corps. Pffftt. Très rapide. Parfois devant, parfois derrière. Nos fourrures s’électrisaient et se reflétaient un instant dans les mares et étangs. Chacun prenait soin de ne pas distancer l’autre lors de nos cavalcades foudroyantes. On aurait pu croire que nous étions des rêves, des étincelles entrevues dans un sommeil hoquetant, des orages autour de minuit. Nous faisions des éclairs visibles de très loin, mais insonores, de peur de la répression.

Il n’y avait plus de langage, donc, plus de temps. Alors, on fait comment ?

p.152/153

 

Informations complémentaires

Format livre

156 pages

ISBN ebook

9782407034895

Version

Ebook téléchargeable, Livre papier

ISBN livre

9782407015900

A propos de l'auteur : Bruno Lefebvre

Bruno Lefebvre

Bruno Lefebvre est devenu assez jeune, poète et guitariste, puis après un séjour de travail en Allemagne (Bavière), il intègre l’Union des Ecrivains Rhône-Alpes, le Hot Club Jazz de Lyon et participe comme comédien aux théâtres lyonnais, époque où il publie poésies, textes pour le théâtre, roman. Devenu anthropologue des techniques, de l’emploi, des industries et de l’environnement en Europe (deux ans et demi dans les centrales nucléaires françaises, quand même), professeur d’université, membre d’un laboratoire CNRS à Paris, il est un « libre examinateur de la société » selon nos amis belges et revient à ses premières amours à la veille de sa « retraite » : jazz et littérature. Après des poèmes publics via l’informatique musicale à Nantes, il joue maintenant chaque semaine dans les bars de nuit à Setubal (Portugal) où il réside.