Au Parlement, les fleurs ne poussent pas -(Fil-Parlament, ma jikbrux fjuri)

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Dans une expression claire, pleine d’humour, de sérieux, d’amour et de foi, j’écris à propos des racines du conflit qui opposent deux partis politiques à Malte (hier comme aujourd’hui) dont le personnage principal est Karlu Manju qui représente le maltais libre, un jeune homme attachant qui exprime ses idées sur la société à son chien Cerbru, un chien émancipé, sans oublier les conseils de sa jolie fiancée Silvja. C’est un roman politique, d’amour et de foi religieuse… un roman qui a une histoire… parce qu’il met en scène la politique du pouvoir et celle de l’homme de la rue. Une invitation à réfléchir sur l’essentiel : l’être en souci et maltraité devant les grandes vérités de chaque époque et de toute civilisation : la vie et la mort, l’amour et la solitude, la souffrance et la joie, la parole et le silence. Traduit du maltais par Joseph Cutayarls dépassent largement le niveau du politique. Les fleurs poussent là où un cœur s’ouvre.

Dans ce roman, la politique est seulement le point de départ, car le voyage nous emmène beaucoup plus loin… Le roman célèbre les vieilles racines d’un très petit pays, Malte, appelé affectueusement « l’île », « le rocher », partagé en deux et toujours colonisé. Il est écrit comme une salutation à la terre et comme une reconnaissance de son caractère non reconnu et méprisé. Karlu Manju reconnaît que la vraie révolution demande des changements radicaux, mais si elle n’a pas ses racines qui plongent profondément dans son passé, elle ne donne aucun fruit. Il est pris en tenaille dans le contraste entre l’identité – l’individualité de la Nation – qui a engendré l’histoire et la séparation de la Nation en apparence entre parti et parti, mais réellement entre exploiteurs et exploités. Dans ce roman, les plus hauts moments poétiques semblent isolés et prennent la forme d’une prière. Elle indique la reconnaissance du Royaume et non de la destinée, de la Providence – Mère unique dans le ciel –. Karlu Manju est en lutte contre le système politique et contre le personnage avec un faux masque de Père. À cause de cela, il entreprend la marche de l’intégrité et d’un engagement total au service de son pays, « de son île, de son rocher », avec les risques que cela comporte. Peut-être que ce choix se présente également à nous.

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Extraits du livre

EXTRAITS DU LIVRE

Les yeux de tous se focalisèrent sur sa main. Karlu sortit sa main en forme de poing, l’éleva et l’ouvrit en direction du grand ministre. Quelques pétales tombèrent à terre et le cœur de la fleur écrasée resta collé sur la paume de sa main tendue.
Les membres éclatèrent en rires stridents.
« Idiots, idiots, idiots ! » hurla le grand ministre. « Vous voyez qui vous avez convoqué devant nous, messieurs ? Cet idiot est ici pour nous insulter. Il a apporté une fleur avec lui ! » Et il éclata de rire en regardant ses collègues pour qu’ils rient avec lui. Les autres le regardèrent et décidèrent de satisfaire son désir.
« Si vous voulez témoigner, vous pouvez, Monsieur Karlu Manju », lui fit savoir Monsieur le Président. « Avez-vous quelque chose à dire ? »
« Que voulez-vous qu’il dise ? » reprit à nouveau le grand ministre. « Il nous a défiés avec sa première lettre, il nous a offensés avec la seconde lettre, et aujourd’hui, il est venu sans avocat et ne veut pas admettre qu’il s’est trompé, il n’a même pas fait d’éloge, au contraire, il avoue qu’il cautionne toute parole qu’il a écrite et pour se moquer de nous, il a apporté une fleur… » Il se tourna vers l’accusé avec un regard de mépris, « Idiot, au Parlement, les fleurs ne poussent pas ! »
« Que voulez-vous que j’apporte, une fleur ou un revolver ? » dit Karlu Manju au grand ministre.
« Je vous conseille, Monsieur Karlu Manju, de ne parler que si je vous en donne la permission. Et vous ne pouvez parler que sur ce qui a trait avec le débat », le blâma Monsieur le Président en regardant le grand ministre pour le tranquilliser d’avoir son approbation.
« Si vous aviez apporté un revolver, vous auriez été un assassin, et puisque vous avez apporté une fleur fanée, vous êtes un idiot, idiot, voilà ce que vous êtes ! » Le grand ministre se moquait de lui. Les interruptions continuaient de grandir et le rire et la colère des membres de la Chambre se mêlèrent.
« Y a-t-il un membre qui demande à interroger l’accusé ? » demanda Monsieur le Président.
Les interruptions continuèrent mais personne ne se leva pour parler.
Après quelques instants de silence, le grand ministre se leva. « Récapitulons tout brièvement pour ne pas perdre de temps. Devant la plus haute institution du pays où se rencontrent les plus grands dignitaires des citoyens du pays, cet homme de la rue est venu nous défier avec deux lettres. Non seulement il les a écrites, mais il n’a même pas fait d’éloge avant d’entrer ici. Ensuite, il vient ici sans vouloir admettre qu’il s’est trompé, mais il confirme toute parole écrite. Nous l’avons vu sortir une fleur de la poche… vous voyez messieurs les membres, nous ne pouvons nous fier à cet homme. »
[…]
Quand la séance reprit, Monsieur le Député Petronio annonça que les deux côtés de la Chambre s’étaient mis d’accord sur la peine à infliger. « Pour cela », dit-il « je propose cette motion », et il se mit à lire : « Que la Chambre, après avoir enquêté minutieusement sur la gravité de la rupture de privilège faite par Monsieur Karlu Manju, et après avoir pris d’autres considérations citées qui ne sont pas dans l’intérêt de la nation, trouve le même Karlu Manju coupable de l’accusation. Cependant, elle le libère et l’avertit sérieusement de ne pas recommencer. »
Les membres du public se levèrent et se mirent à applaudir et à crier leur joie.
Les membres de la Chambre regardèrent la tribune des étrangers, ébahis et ne protestèrent pas.
« De l’ordre ! De l’ordre ! » cria le président. « J’ordonne que le public évacue la salle », dit-il et il se rappela que la séance avait pris fin.
« Pourquoi applaudissent-ils ? » Le grand ministre questionna à voix basse Monsieur le Député Petronio assis à côté de lui.
Monsieur le Député Petronio plissa les lèvres, se pencha vers le grand ministre et lui dit à l’oreille : « Ils semblent contents et satisfaits de la sentence. »
« Mais ces applaudissements s’adressent à lui ou à nous ? » voulut savoir le grand ministre.
Monsieur le Député sourit ironiquement. « Ils semblent le féliciter, lui. »
« Le féliciter d’être reconnu coupable ? » Le grand ministre faillit hausser le ton.
Monsieur le Député plissa à nouveau les lèvres et avec un peu de sarcasme dit : « Nous l’avons trouvé coupable et nous le libérons… »
« Mais qu’aurions-nous pu faire ? »
« Il aurait fallu l’ignorer dès le début. »
« C’est ce que j’ai dit moi-même, mais non, non. Que dites-vous ? »
« Nous sommes la plus haute institution du pays, mais ce jeune homme nous a vaincus. Il a en lui une force morale plus que nous tous. »
« Vous aussi vous vous laissez influencer par ces âneries ? »
« Cela nous servira de leçon pour la prochaine fois… »
« Il n’y aura pas d’autre fois… » coupa court Monsieur le Député Petronio, « il n’y aura pas d’autre occasion… »
Les deux se levèrent de leur place frappant légèrement du poing le banc devant eux. Les autres membres s’étaient déjà levés de leur place après que Monsieur le Président avait ajourné la séance de la Chambre.
Karlu Manju depuis quelques minutes avait reçu l’ordre de quitter la Chambre le premier. En partant, il sortit la fleur écrasée de la poche, le cœur de la fleur qui était collée à sa main et la laissa tomber sur le sol, devant la porte là où justement tous allaient passer. Et tous l’écrasèrent.

Informations complémentaires

Format livre

332 pages

ISBN ebook

978-2-407-03592-2

Version

Ebook téléchargeable, Livre papier

ISBN livre

9782407016938

A propos de l'auteur : Olivier Friggieri

Olivier Friggieri

Poète, romancier, penseur, critique littéraire, Oliver Friggieri est professeur de littérature maltaise à l’université de Malte. Il a été pendant de nombreuses années chef du département du maltais à l’Université de Malte. Il écrit en maltais, en anglais et en italien. Il est l’auteur d’un grand nombre de livres de poésie, de romans dont plusieurs ont été traduits en diverses langues, ainsi que de nombreuses études publiées dans des revues maltaises et étrangères. Il a pris part à soixante-dix congrès internationaux en dehors de Malte.