ADHOMO -Tome 13- “Mes boulots 1981” Pleine route et grands horizons

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La vie s’écoule sans avenir, juste vivre au jour le jour jusqu’au déclic.
J’amorce un autre virage social, je change de comportement, je tente de m’insérer dans la société.
Étonnamment, je me stabilise plusieurs années dans le même boulot et chez le même employeur.
J’apprends des différences entre les régions de France, je traverse les siècles que ne séparent que les kilomètres.
Je m’affermis, prends ma place dans la société, je retrouve la misère des autres et tente d’y palier.
Je change radicalement de comportement, je cesse de fumer et de boire à l’excès.
Je vire mon dernier amant qui clôt ma jeunesse tumultueuse.
Je me retrouve géniteur d’un enfant alors que je suis homosexuel.
Le débuts d’autres emmerdes.

 

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Extraits du livre

EXTRAITS DU LIVRE

 

Une vache meugle, une autre lui répond, c’est la France profonde d’antan, celle qui disparait déjà et que nos enfants ne connaitront jamais autrement qu’à travers des clichés de livres d’Histoire. Ça donne envie de revenir en arrière, c’est paisible, lent, calculé pour ne pas s’énerver d’être pressé, cette lenteur qui passe lentement pour qu’on passe son temps à la voir passer doucement, on se surpasse de ce passé passé et dépassé qui donne envie que d’un coup tout s’arrête pour prendre son temps d’avoir le temps d’apprécier et d’enfin redécouvrir le vrai sens de la vie.

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J’appelle le patron qui arrive très vite, il est vrai qu’il n’habite pas bien loin, il constate les dégâts, me demande ce qui s’est passé mais je n’en sais pas plus que lui, je lui explique ce que je viens d’écrire, on regarde à l’intérieur de la carcasse et là je constate dans la ferraille calcinée que les clefs sont en place sur le contacteur de démarrage, ce que je ne fais jamais, je regarde de plus près et je remarque qu’elles sont en position contact, donc ce dernier est resté allumé toute la nuit, le chauffeur qui a déplacé le camion la veille, après l’avoir vidé, a donc oublié de couper le contact, si la ventilation de chauffage n’était pas à zéro, très certainement par ce froid, il est probable que ça ait tourné toute la nuit et qu’il y ait eu surchauffe, d’où la combustion lente de l’appareillage électrique qui n’attendait qu’une bouffé d’air pour s’enflammer.

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En nous approchant, avec mon guide muni d’une très puissante lampe électrique, je découvre le dessous du navire, il en manque un sacré morceau, en fait la coque est déchirée sur plus de cent cinquante mètres de longueur, d’être dessous c’est comme être dans une caverne, des cuves éventrées béantes et sombres (photo), ça sent encore fortement le pétrole malgré le dégazage effectué à Marseille.

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Avec Jean-Pierre j’ai l’habitude, il est souvent limite cuite, ou plutôt rarement limite à jeun, ce qui lui occasionne des arrêts de travail à répétition, chauffeur de bus sur la ligne 20 entre Saint-Lazare et gare de Lyon — ça a peut-être changé depuis — il est au dépôt Lebrun, à ces époques beaucoup de bouts de ligne de bus se trouvaient près des bistros, le temps d’attente entre deux services permettait parfois d’avoir le temps de prendre un verre, c’était un peu le fléau de la RATP à l’époque, des chauffeurs de bus avec un petit coup dans les mirettes ce n’était pas exceptionnel, Jean-Pierre était de ceux-là, ce sera dans un de mes livres à venir sur ma période RATP.

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Il est bientôt 22h00, je me demande ce qu’il fout là et je réalise qu’il est blindé comme le mur de l’Atlantique, putain ça me gave parce que je sais que je ne peux pas le laisser dehors mais qu’il va me faire la vie comme à chaque fois qu’il est défoncé. Alors que je descends pour ouvrir le portail, il s’approche et me dit de la voix trainante de ceux qui ont trop bu « j’avais peur que tu ne sois pas là », il est vrai qu’il ne sait pas que je bosse bien que je sois au volant d’un camion, je ne relève pas et lui demande presque agressivement ce qu’il veut, il a l’air déboussolé et bizarrement calme alors que d’habitude dès qu’il est blindé il aurait plutôt tendance à foutre la merde. Il me dit qu’il voudrait passer un moment avec moi, je ne suis pas contre mais dans l’état où il est je doute que ce soit la grande extase, pourtant ça me dit de baiser ce soir, depuis quelque temps je me mets la tringle de quéquettes partagées.

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Je lui dis que je n’ai pas de chaines, il me regarde, incrédule il me dit « vous êtes monté sans chaine ? » Eh bien oui puisque je n’en ai pas. Il me répond que pour redescendre il m’en faut, sa réponse me déconcerte, oui, moi je veux bien, mais où vais-je acheter des chaines poids-lourds dans une station de ski pas encore opérationnelle et à condition qu’il y ait un garage, ce qui m’étonnerait. Je descends du camion, lui montre de nouveau mon bordereau de livraison en lui expliquant que j’ai chargé à Nice et qu’on ne m’a pas dit que le secteur était difficile, c’est aussi ça l’apprentissage, c’est vrai que j’aurais dû me douter que de livrer en station impliquait de monter en altitude mais je me suis fait baiser par les apparences, un beau soleil sur la côte et ici, à même pas cinquante bornes, du brouillard et de la neige.

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Je décule Michel quand on frappe à la porte, c’est Damien qui est entré dans la cour, comme un con je n’ai pas refermé le portail et il a regardé par la fenêtre s’il y avait quelqu’un, ça me fait chier parce que c’est un môme et qu’il a bien vu qu’avec Michel on était en pleine séance d’enculage, juste qu’il me dit qu’il est dommage que je ne sois pas disponible, Adèle l’envoie pour m’inviter à passer la soirée avec eux. Je lui explique qu’on n’entre pas comme ça chez les autres, il me répond « je croyais que t’étais tout seul ».

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La patronne du bistro s’approche de moi et me demande « qu’est-ce qui lui prend ? » Je lui réponds que l’autre jour je l’ai tirée, ce à quoi elle me dit « pour un pédé tu es un drôle de tombeur », elle ajoute « c’est vrai que t’es beau mec, j’aurais pas mon bonhomme je te ferais du gringue moi aussi », son bonhomme, qui est présent, se marre, décidément il va falloir que je mette des caleçons blindés si même les gonzesses me draguent. Je laisse couler. Puis à mon tour je me casse chez moi. J’ai du mal à m’endormir, je n’aime pas ces situations compliquées où on m’intègre, si à chaque fois que je tire un coup avec une gonzesse on vient me dire que je l’ai mise enceinte je vais ne plus en toucher une seule, déjà que les bonnes femmes ce n’est pas ma longueur d’onde !

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Informations complémentaires

Format livre

291 pages

ISBN ebook

9782407035953

ISBN livre

9782407016969

Version

Ebook téléchargeable, Livre papier

A propos de l'auteur : François Ihuel

François Ihuel

Francois Ihuel est né le 24 Avril 1950 à Paris. Après une enfance difficile de privations, et d’interrogations il rentre dans la vie active dans de mauvaises conditions. L’adolescence chaotique et perverse qu’il a vécue va le desservir mais aussi l’aider. Ses expériences de jeune homme pas comme les autres, heureuses et malheureuses, vont le forger à tout accepter, une école de la vie incomparable. Il passe d’un employeur à l’autre, d’un «métier» à un autre, il apprend tout et rien, il sait tout et rien, il découvre la société, les bons côtés mais surtout les mauvais. Il se forge un caractère sur les navrances humaines et découvre qu’il ressemble aux autres. Passionné d'Histoire, il brode quelques constructions romantiques, qui peuvent avoir un fondement réel, qu'il intègre dans une époque du passé. Pour donner de la vraisemblance au récit, il s'appuie sur ses connaissances et quelques recherches historiques afin de situer les scènes décrites dans un contexte ayant existé et leur donner une cohérence sans que ce ne soit une réalité historique. Se plonger dans le passé en construisant une histoire c’est un peu s'y intégrer, se rendre acteur de ce qu'on écrit, c'est une évasion bénéfique au psychisme tellement reposante. Après quelques romans et une série autobiographique il ne pouvait pas faire l'impasse sur la région qui l'a accueilli. Parisien de naissance, il se trouve bien dans cet environnement montagnard, souvenir de son enfance en montagne. Ce regard sur les gens de montagne c'est celui de celui qui n'est pas des montagnes mais qui les apprécie.