12 ans prisonnier en URSS

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Un officier italien, médecin, est fait prisonnier par les soldats soviétiques en 1942.

Pendant 12 ans, il sera incarcéré dans différents camps de concentration et goulags, travaillera dans des infirmeries et sera soumis aux travaux forcés. Il se dévoue sans cesse au chevet des autres, prisonniers ou soldats de toutes nationalités, sans aucune distinction, au péril de sa vie.

Son témoignage sur les horreurs de la guerre, les épidémies, les relations humaines dans cet enfer, est la pierre vivante du souvenir. Au milieu des vexations et des inquisitions, il a su garder, avec ses frères d’armes, l’humour, l’esprit vif et tenace de l’homme qui ne plie pas devant l’adversité.

C’est une page de l’histoire des combattants italiens, oubliés de tous, qui est ici mise à l’honneur grâce à cette nouvelle traduction. Ce livre est aussi une peinture de la société russe, avec ses travers d’hier et d’aujourd’hui.

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Extraits du livre

 

Mon odyssée commença fin avril 1942.

Aujourd’hui, en repensant aux 142 mois de captivité en Russie, aux vicissitudes tragiques qui se déroulèrent sous mes yeux, aux drames dont je fus personnellement acteur et victime, j’ai l’impression d’être sorti d’un long cauchemar. Maintenant que je suis rentré, en revoyant les visages chéris de ma mère, de ma sœur, de mes nièces, de mes fidèles amis, de tous ceux qui ont tremblé pour moi, il me semble que tout cela n’a été qu’un rêve.

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Chaque halte rend le martyre encore plus atroce. Comme des corbeaux faméliques, soldats et civils russes fondent sur les cadavres pour les dépouiller de leurs capotes, leurs fourrures, leurs gants et leurs chaussures. Même les vivants sont souvent dépouillés. Combien de rescapés ont parcouru des centaines de kilomètres dans la neige les pieds entourés de misérables chiffons !

à l’aube, quand la colonne doit reprendre sa marche, si quelqu’un a du mal à se lever, il est achevé par les gardes à coups de mitraillette. L’itinéraire suivait des pistes fréquentées mais parfois, l’escorte faisait dévier la colonne pour éviter les centres habités. Alors, les pieds s’enfoncent dans la neige intacte et la marche devient très fatigante. Les hommes chancellent, tombent, ne se relèvent plus.

« Dawai, dawai ! » Krinovaja, la destination, est encore loin. Sur les trois mille hommes qui composent la colonne, seulement cinq cents réussissent à l’atteindre.

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J’insiste avec une autre question, peut-être un peu naïve : « Avant de décider de mon sort, le tribunal pourrait-il faire interroger, par voie diplomatique, les officiers italiens qui étaient mes supérieurs durant la période passée au front ? »

« Mais s’ils sont comme vous des criminels ! » répond, agacé, le président.

Nous sommes à l’épilogue de la comédie. L’avocat de la défense, Ceban, prend la parole et, au lieu de se baser sur mon mémoire que je lui avais fait parvenir, il développe et fait siens les arguments du Procureur. Il n’est pas tout à fait d’accord sur la peine requise. Il est vrai, selon lui, que je suis né dans un pays capitaliste et bourgeois et donc que je suis, de par mon origine et mon éducation, fondamentalement un criminel. Il est exact que j’ai appartenu à l’armée italienne avec laquelle j’ai pu laisser libre cours à mes mauvais instincts et à la haine contre les citoyens soviétiques pacifiques commettant les crimes dont je suis accusé et peut-être d’autres encore ; mais, vingt-cinq ans lui semblent exagérés : je suis un individu récupérable, qui sait…

La mauvaise éducation que j’ai reçue a compromis, étouffé le bien qu’il y a dans l’âme de chacun, même dans celle des méchants, mais elle ne peut l’avoir détruit.

En effet, après huit ans passés dans le pays du socialisme, j’ai commencé à ouvrir les yeux et à mieux me comporter. Une période de rééducation socialiste, plus courte que celle requise par le Procureur – disons vingt ans – sera certainement suffisante pour me racheter !

Le tribunal se retire pour délibérer. Je pense avoir longtemps à attendre avant de connaître mon sort, mais seulement cinq minutes après, mes juges pénètrent à nouveau dans la salle. Le Président, le colonel Zelinski, lit rapidement la sentence : je suis condamné à vingt ans de réclusion dans un camp de travail et de rééducation socialiste.

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La joie de ces retrouvailles me fait oublier les souffrances, les humiliations, les iniquités, les vexations subies. Mais à notre arrivée à Udine, mères, sœurs, épouses, pères et frères de soldats disparus en Russie nous assaillent avec des visages pleins d’anxiété. Ils murmurent un nom, les lèvres tremblantes : « L’avez-vous connu ? L’avez-vous vu ? Où est-il mort ? Comment est-il mort ? »

Au milieu des sanglots irrésistibles, je vois des mains qui agitent autour de moi des photos ternies de garçons vigoureux, dans la fleur de l’âge, qui ne sont jamais revenus.

 

 

 

 

Informations complémentaires

Auteur

Joëlle Varliette

ISBN ebook

978-2-407-00594-9

Version

Ebook téléchargeable, Livre papier

Format livre

361 pages

ISBN livre

978-2-407-00096-8

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A propos de l'auteur : Joëlle Varliette

Joëlle Varliette

Enrico Reginato est né à Santa Bona de Treviso en 1913. Alpiniste et champion de varappe, il est diplômé de médecine en 1930. Pendant la seconde Guerre Mondiale, il est fait prisonnier par les Russes pendant 12 ans et est décoré de la médaille d’or à la valeur militaire. A son retour de captivité, il écrit le récit de ses longues années de calvaire et porte inlassablement témoignage de l’enfer subi par ses compatriotes. Son livre publié en italien est aussi traduit en allemand et en espagnol. Il continue à poursuivre sa vocation de médecin au sein de l’arme des Carabiniers. Il décède le 16 avril 1990 à Padoue.