Article de presse sur le portail de la Moldavie francophone pour notre auteur Inga Dohotaru

Son premier recueil – intitulé « Du ciel bleu » – décrit les tourments d’une personne qui se voit obligée d’habiter une ville sombre et grise, mais qui essaye de surmonter ces malheureux moments, en faisant recours aux souvenirs d’un passé plus heureux et aux sentiments d’amour.

De quoi s’agit-il dans le volume « Le soleil de ton pays » ? Inga (Irina) Dohotaru a aimablement accepté de nous initier à la ligne thématique de son nouveau livre.

Chère Madame Dohotaru, parlez-nous un peu de vos liens avec la France.

J’ai vécu à Paris pendant dix ans, notamment pendant la période de mes études à l’Institut Français de Presse, Université Paris IV, et puis je suis revenue en Moldavie, mon pays d’origine. A présent, à cause de certains problèmes de santé et administratifs, je ne voyage pas souvent en France, mais je garde tout mon amour pour la France, pour tous les Français, leur cœur accueillant et chaleureux. Et je me nourris toujours de son débat intellectuel qui est très actuel et pertinent. Je garde l’espoir d’y retourner le plus vite possible.

… et de vos liens avec la poésie ?

Mon amour pour la poésie est de longue date, il dure depuis mon enfance. J’écrivais des poésies et des articles et je les envoyais aux revues et journaux moldaves pour enfants et adolescents. Quand quelque chose cloche ou ne marche pas, je recours à l’écrit, c’est mon secours. En France, j’ai poursuivi mon habitude – mes poèmes étaient tantôt en français, tantôt en roumain. Ce qui comptait c’est de ne pas étouffer les émotions, les sentiments et les révoltes.

Le volume « Le soleil de ton pays » est divisé en deux livres. S’agit-il de deux lignes thématiques ?

Le premier livre parle de la gloire du passé, de nos ancêtres, de notre émerveillement pour leur combat pour la liberté et les valeurs humaines. Le deuxième livre insiste sur le fait que le combat est nécessaire, même en utilisant les armes, pour défendre ses frontières et ses vérités.

Par ce livre, j’ai voulu revivifier notre passé. Nous traversons une étape d’amnésie, d’oubli voulu et imposé des valeurs humaines, de nos racines, de qui nous sommes, de ce qui nous a forgés. Des gens de l’instant, des mankurts sans histoire, préoccupes par les futilités et l’argent – c’est tout ce qu’on peut envisager en pensant aux générations à venir. C’est un énorme danger.

Le livre, par sa structure, c’est une unité à l’intérieur de la différence. En fait, les deux parties parlent de la même chose : de l’amour inconditionné et exaltant de son pays natal que chacun d’entre nous, chaque personne, de toute nation, ressent tout le temps dans son cœur, même s’il est controversé, disputé par des sentiments de doute, de haine, de rancœur.

Chaque Moldave qui est en dehors de son pays garde le désir d’y revenir, de revoir son pays, de vivre, comme je le dis dans un des poèmes, „enlacé„ avec son pays „comme par le passé”. Or, dans le passé, l’homme, la nature, le pays et son dieu constituaient une entité unique, que ça soit chez les Daces, chez les Indiens ou Amérindiens, Français, Chinois, etc.

Aujourd’hui, nous sommes divisés et beaucoup se considèrent des athées. Une grande partie de gens déclarent ouvertement ne pas aimer Dieu, ne pas croire en Dieu. Ce problème se manifeste-t-il à partir de l’époque de la christianisation des peuples européens et d’autres peuples du monde ? Une grande incompréhension existe dans ce sens.

Avant, les civilisations anciennes se construisaient à l’aide des divinités et elles duraient des millénaires. Notre civilisation a bâti son parcours et son identité avec les dieux du passé, mais aussi avec Jésus Christ et les saints de chaque pays, puis elle a décidé de disloquer Dieu en dehors du monde, comme le constate Marcel Gauchet, philosophe et historien français, et elle est devenue une civilisation de la destruction.

J’insiste sur le fait que la civilisation européenne judéo-chrétienne a donné naissance au plus grand nombre de camps de concentration. Par exemple, la Russie qui se considère le plus imposant pays chrétien est, selon les statistiques, le méga-tueur de l’histoire contemporaine, compte tenu du nombre de victimes dans les camps de concentration et des guerres, après la Chine et l’Allemagne. Nous sommes une civilisation malade.

Visez-vous un public spécifique ?

J’aimerais que le livre soit lu par un grand nombre de lecteurs. Surtout des Moldaves et des Roumains, mes concitoyens, lesquels sont concernés directement par l’histoire glorieuse de la Dacie et des Daces, nos ancêtres. Nous devrions la connaître et la valoriser, cette histoire, être fiers du combat pour la liberté et la vérité de nos aïeuls. Ils n’avaient pas peur des conquérants et le mot soumission „ne faisait pas partie de leur vocabulaire”, comme j’insiste dans un des poèmes du deuxième livre – „ Le soleil et le sabre”.

Sur le territoire de la Dacie s’est développée une des plus anciennes civilisations du monde qui, grâce à la culture Cucuteni-Tripolie, selon des recherches récentes, est désignée comme étant plus ancienne encore que la civilisation sumérienne.

J’adore la langue française. J’essaye de l’apprendre le plus et le mieux possible pour pouvoir m’exprimer correctement dans cette langue. En plus, avec mes proches, mon mari, je parle français. Le français a la capacité d ‘organiser d’une manière excellente les pensées. Grâce au fait que le peuple français n’ait parlé que sa langue à travers l’histoire, elle s’est beaucoup développée et embellie le long du temps.

Nous, les Roumains de Moldavie, de Bessarabie, comme on dit, nous avons subi une grande violence contre notre identité et contre notre langue pendant la période tsariste et celle soviétique. Cela a détérioré notre rapport naturel à la langue roumaine et à notre esprit forgé par les milliers d’années d’histoire. Aujourd’hui, on recourt de plus en plus à la violence et à l’injustice dans tout le monde, mais on le fait d’une façon plus subtile. Les peuples sont déracinés plus subtilement.

Merci, madame Dohotaru



A propos de Inga Dohotaru

Inga Dohotaru est journaliste. Son pays d’origine est la République de Moldavie. Après avoir travaillé dans la rédaction du quotidien FLUX en Moldavie comme reporter politique, elle a continué ses études en France à l’Institut Français de Presse, Université Paris IV. Actuellement, elle travaille dans la rédaction de la revue « Limba română » et publie des poèmes dans l’hebdomadaire de littérature et d’art « Literatura și arta » en Moldavie. Après des études de théologie à l’Académie de Théologie de Moldavie, elle s’implique activement dans la vie spirituelle de la paroise « La naissance de la Vierge Marie » à Chișinău.