RAPACES
RAPACES 2

Rapaces

Ebook : 7,99
Livre Broché : 18,90

Il est question d’une fable : un oiseau (un manchot) se trouve embringué dans une aventure dans l’univers contemporain, en pleine globalisation financière et, peu à peu, au fil des événements et camouflets, découvre et les exactions et les dérives dont la raison humaine est susceptible quand elle est consciente de l’étendue du pouvoir que lui confère l’argent dans le délire de l’univers de la finance. Il en ressort déboussolé, mais éclairé, quant à l’avenir de l’espèce humaine et de notre perle bleue – elle si minuscule – dans l’infiniment grand.

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Extraits du livre

C’est la première fois qu’il peut aller où il veut, sans interdits ! Il n’y a plus le regard furibond du maître d’école ni la menace aux aguets du paternel ni la matraque des policiers à tout coin de boulevard et d’avenue ni les déferlantes publicitaires régurgitées par la télé ni les fouets du luxe dernier cri aux vitrines de la mode ni les clins changeants des tableaux holographiques et des enseignes virtuelles ni le spectacle du sang versé par les guerres ni celui des gosses de son âge à l’honneur des décharges d’ordures…
Lui, il a vécu tout ça et, à cet instant, avec les pensées de tant de manchots, il a cessé d’être l’un des manchots de la vie citadine ; il a arrêté – le temps de ce voyage au pays de la blancheur –, la course de la fumée dans ses artères, il a suspendu le bruit des klaxons dans ses neurones, le tonnerre des réacteurs hypersoniques, le tempo ininterrompu de la rage citadine… Il est là, dans l’air de cristal, dans le bleu limpide de ce ciel d’été austral, dans ces eaux naissant de partout, sous les blocs de glace en ruisselets et ruisseaux qui, en aval, font des artères qui vont dans les rivières, qui font les fleuves, les lacs, les forêts, des êtres de tous genres, tous aussi simples et beaux les uns que les autres, chacun à sa façon, la vie à paître pour qu’une autre naisse en myriades de fleurs, la joie des insectes qui créent le bonheur des fleurs, qui font le repos des cœurs libres, mais aussi de tous les humains qui foulent, prennent, détruisent, éliminent, fauchent, massacrent pour soumettre, dominer, faire taire, bâillonner le refus, dicter la loi du silence…
Il est là, avec ces manchots qui n’ont rien de manchot, sinon le nom que certains leur ont collé à la peau un jour de découverte. Il le sait lui, fils de l’un des manchots de la cité ; c’est écrit aux pages des livres d’hommes à l’esprit non manchot, pour des enfants de son âge, qu’ils n’aient pas des pensées manchotes !

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Le voilà dans une prairie d’éclats – ou de tessons – où ses semblables exécutent une étrange marche comme sur des œufs. Une sensation inexplicable : les reflets passent dans sa tête par les pieds ! Elle en est pleine ! Il est de plain-pied dans sa tête, sans qu’elle ne pige rien de ce renversement ! Il pense comme un pied !… Un œil sur les autres ombres ; il n’est pas seul, il n’est pas le seul à s’installer. L’ordre nouveau pense pour lui à travers les autres et lui. Quel besoin de s’écorcher les méninges déjà à vif ? C’est l’univers de la pensée inhumée, du repos final. Son regard – ou un mirage – ricoche ; il a encore cette liberté ; plus qu’elle contre le néant. Du coup, il est autopsié, vidé de tout, de son vécu, de ses sarabandes de rêves et de songes tandis que le clinquant de la toile totalitaire l’investit. Fendu de toute part, il s’élève pour l’abîme ! Des lambeaux ou haillons partent en filoches, consumés par il ignore quel incendie, de quel incinérateur ! Nul doute ; ne persiste que la structure par laquelle fonctionne la mécanique de l’ordre : des volées d’oiseaux, les horizons aux ailes, vont à l’assaut de la voûte embrumée de ses songes à la fournaise d’un couchant – le dernier peut-être – s’éloignent, s’évanouissent aux lézardes mauves d’une nuit irréversible. Ces oiseaux-là étaient de l’essence de l’univers de sa naissance. Devant, partout, ailleurs, là où un ailé tombe, toute une espèce s’évanouit et c’est l’étendue de la vacuité ; des canaris manquent à l’appel, des chardonnerets avec le printemps au plumage, des paradisiers ; édens irrécupérables, des fauvettes couleur du sang de la terre, des flamants qui ont du rose des matins, des hirondelles costumées pour les noces des paysages, des huppes à la couronne zébrée de jour et de nuit, des martins-pêcheurs qui sont des rivières sans éclats, des mésanges qui ont vu se faner leur ciel, des merles qui sont dans la nuit car leur chant est tu, des ménures qui ont perdu la harpe de leur queue, des mouettes qui font la moue parce qu’on leur a fait perdre la tête, des pies-grièches qui, sans voix, ont l’âme sèche, des pinsons qui n’ont plus de cordes à pincer, des écharpes de lacs dévêtus de leurs rives et lisérés d’écume, des tapis sylvestres aux couleurs pyromanes de l’automne, des cimes orphelines de leur noce enneigée… le silence ; un silence de néant. Tout… tout se délite et s’exfolie ; un embrasement automnal tel que le manchot en est frileux. Il se découvre transparent ; de cette transparence aseptisée, stérilisée à la vitrification ! Plus rien ne reflète rien !…
Il y a comme du vent ou une avalanche de feu à travers le vide où il sombre. Ses yeux manchots perçoivent un centre d’un tel éblouissement que le fixer le soleil n’est rien, à côté ou c’est un mirage ! Un redémarrage ou un autre départ – tout sauf une ascension tout le long de ces trames, à la fois translucides et impénétrables – déploie son envergure ! Un coup d’œil sur son clone lui révèle qu’il n’a pas encore déserté, mais comme absent : Il n’en voit ni la silhouette ni n’est sûr que tous deux ont conscience l’un de l’autre ! Ils sont deux et en même temps des myriades de copies ; autant de copies que dans un ciel estival, au mauve de leur naissance, des bouquets de constellations ! Du coup, une attirance ou un magnétisme insondable l’enveloppe, l’entortille, étiole pernicieusement la flamme de son essence ! Non ! Ce n’est pas la mort ! Partout, une descente quelque part, dans une sorte de puits gravitationnel intergalactique du noir du néant ! Tandis qu’il naufrage, une voix récurrente :
« Station de péage en vue ! Station de péage en vue !
Un embouteillage, sans qu’en apparence il en soit un, de la fluidité de la vitesse de la lumière. Les carrefours du réseau des réseaux fonctionnent à temps plein, acharnés comme si c’étaient un enchevêtrement intarissable de cyclones ! De nouveau, la voix – elle n’a pas cessé depuis l’instant qu’elle a électrisé son mental :
« Plongée dans une fraction de seconde…
Le voilà à bord ; à bord d’une rame filant le long des rames des rames qui défilent en une file indienne intarissable de rames qui déchargent pour recharger la matrice centrale de la toile totalitaire en carburant doré. Un double sens unique, l’un vers le haut, l’autre vers le bas, gonfle de ce sang à photons la classe suprême. Il en provient de toutes les filières du réseau des réseaux. L’araignée cybernétique de cet univers veille sur le stockage ; tout un escadron de cyborgs bardés de lasers a l’œil sur les jets de l’énergie pompée, canalisée pour la pérennité du rythme qui dessert le noyau central et la structure de l’ordre supérieur. Pas de failles, pas de suspension, pas de répit ; une intelligence mécanique.
Le voilà pris dans le cours, par le cours, pour le cours, mais il ignore de quoi ! Une fulgurance irrésistible : l’unique certitude ! Il voit tout sans vraiment rien voir, ce tout étant de lumière ; de ces lumières où nulle pensée ne s’épanouit, n’étant ni de l’essence de la pensée ni de la pensée de l’essence ! Il le sent en lui, au travers de toutes ses cellules manchotes qui ne saisissent de ces pulsions fantastiques que le sens unique.

Information complémentaire

Auteur

Abou Hani

ISBN ebook

9782407008674

Version

Ebook téléchargeable, Livre papier

Format livre

229 pages

ISBN livre

9782407003693

A propos de l'auteur : Abou Hani

Abou Hani

Abderrazak LETAIEF a fait ses études primaires à l’école « Al-Hidaya » à Jemmel, secondaires au lycée de garçons de Monastir et supérieures à la faculté des lettres 9 avril de Tunis. Il était professeur de français pendant 36 ans ; actuellement à la retraite et vaque à l’écriture. Il a été publié en Tunisie par « Cérès productions » : un recueil de poésie intitulé « Chants de l’infini » en 1992, et un roman « L’oiseau de feu » en 2000. En France, onze ouvrages ont été publiés par un éditeur à la demande « Edilivre ». 25 de ses ouvrages n’ont pas encore été publiés.